Résumé : Vers 1850, quand les immigrants arrivent dans les ports américains comme celui de Philadelphie ou de New York, une fois remis des fatigues du voyage, enregistrés, lavés, dotés d'un peu d'argent, ils peuvent prendre le train pour continuer l'immense voyage vers l'Ouest. Mais, à l'époque, le train ne traverse pas encore le Mississipi, et la rive du fleuve est la limite fatale : au-delà, il n'y a pas encore de trains, donc pas encore de lois, pas encore de civilisation. Une fois le fleuve traversé en bateau, il faut acheter un chariot, ses boeufs ou ses chevaux, y entasser les quelques meubles, la pendule, le linge, le fourneau, la machine à coudre, et toute cette maigre fortune apportée d'Europe. « Go west, man! ». Les Indiens peut-être,et surtout la maladie, le manque d'hygiène, les accidents, tout se ligue pour que, d'abord, meure la grand'mère qui voulait venir, puis le grand père sceptique, puis le petit dernier né sur le bateau, puis la fille cadette qui rêvait d'Amérique, et ce sont autant de tombes laissées sur le bord du « track », cette impitoyable piste poussiéreuse dans un Utah brûlant et hostile. Une courte prière, le chapeau enlevé et vite remis sous le soleil, et on reprend la route, le fusil à la main, en direction d'une Californie dont l'existence même est mise en doute.
Et pourtant l'Amérique se construit autour de son chemin de fer, réconciliée après la Guerre de Sécession. Trois coups de masse par crampon, dix crampons par rail, 250 rails par kilomètre de voie, 680 kilomètres de voie posée durant l'année 1868, le chef d'oeuvre qu'est ce premier chemin de fer transcontinental est en train de naître, et, autour de lui, se construit le plus grand pays du monde. Des hommes rudes et illettrés, travaillant sous un soleil de plomb, ponctuant le rythme des gestes avec des chants issus tout droit d'une culture qui donnera le «jazz» et le «blues», posent un rail toutes les 30 secondes, et produisent en une année ce que des ouvriers européens qualifiés et entourés d'ingénieurs produisent à peine en dix années... «Go west»: la grande Amérique est en train de naître. Et certains jours on arrivait à poser jusqu'à 16 kilomètres de voie dans l'enthousiasme le plus débordant. En France il fallut 10 ans pour poser les quelque 800 km de la ligne Paris-Marseille, aux USA, 3 années suffirent pour poser les 2.800 km de lignes manquantes entre Omaha et San-Francisco et terminer le transcontinental que les pionniers du Far-West attendaient.
En 1920 le réseau des Etats-Unis comprend plus de 400.000 km de voies, faisant de lui, et de très loin, le premier du monde, parcouru par des trains au luxe incomparable, ne laissant aucun hameau ou aucun village à l'écart. Des locomotives pesant jusqu'à 350 tonnes grondent dans la nuit et font trembler le sol de Salt Lake City ou de Sacramento.
L'Amérique réelle est toujours mieux qu'au cinéma, et ses trains, aujourd'hui toujours, semblent toujours produits à Hollywood, avec des voyageurs, coiffés d'un « Stetson », attendant le train dans les solitudes de l'Arizona, une bière à la main, et arrêtant le « Calfornia Zephyr » dont les voitures chromées et climatisées brillent sous le soleil. Question marchandises, tout va bien aussi : les immenses trains traversent toujours les Rocheuses remorqués par 15 locomotives, 5 en tête, 5 au milieu, 5 en queue, et des kilomètres de wagons s'étirent sur les méandres de la voie, et le son plaintif des puissantes sirènes résonne dans les montagnes. Rien n'a changé. Ce livre n'est pas une fiction ni un produit de la nostalgie : magnifique, il raconte le toujours plus magnifique chemin de fer du monde.